Podcast Hybride - √©pisode #1 : Camille Rabineau - Fondatrice de Comme on travaille ūüéôÔłŹ

Podcast Hybride - √©pisode #1 : Camille Rabineau - Fondatrice de Comme on travaille ūüéôÔłŹ

ūüéôÔłŹ D√©couvrez le 1er √©pisode de notre podcast #Hybride ūüéôÔłŹ

Pour le lancement du podcast, Timothée Jochum, co-fondateur de Bluedigo, a eu le plaisir de recevoir Camille Rabineau, consultante nouveaux modes et espaces de travail et fondatrice de la société Comme on travaille.

Merci beaucoup Camille Rabineau d’avoir accepté notre invitation pour ce premier rendez-vous mensuel ! 

Au programme de cet épisode : 

‚Ė∂ÔłŹ Comment les projets d‚Äôam√©nagement de bureaux ont-ils √©volu√© depuis la crise du COVID-19 ?

‚Ė∂ÔłŹ Le mod√®le mixte bureau & t√©l√©travail est-il l‚Äôavenir des espaces de travail ?

‚Ė∂ÔłŹ Au-del√† du t√©l√©travail et de la flexibilit√©, quelles autres mutations vont dessiner le futur du travail ?¬†

ūüĒä Podcast diffus√© sur :¬†

Spotify ‚ěú https://open.spotify.com/episode/5K2U1Xw3UBu3iRpjoRHCIT

Deezer ‚ěú https://deezer.page.link/gfxDiQREYDa1McPP6

Apple Podcasts ‚ěú https://podcasts.apple.com/us/podcast/hybride/id1597756129

A vos écoutes, prêt ? Go ! ✨

Timoth√©e : Bonjour √† tous, je suis Timoth√©e, co-fondateur de Bluedigo, vous √©coutez le podcast Hybride, le nouveau podcast de Bluedigo sur les espaces de travail d'aujourd'hui et le demain. Le bureau a connu une de ses plus grandes r√©volutions avec la crise sanitaire. R√©volution du t√©l√©travail, nouvelles organisations hybrides des entreprises, am√©nagement des bureaux plus flexibles. Ce sont ces nouvelles tendances du futur du travail que nous allons d√©crypter ensemble dans ce podcast. Ils sont architectes, entrepreneurs, consultants, cr√©ateurs de coworking, responsables immobiliers. Hybride donne la parole √† des experts et des expertes au cŇďur de ces mutations. Pour ouvrir ce podcast, j'ai le plaisir de recevoir Camille Rabineau, consultante et experte en nouveaux modes et espaces de travail.

Timothée : Bonjour Camille.

Camille : Bonjour Timothée.

Timothée : Merci beaucoup d'accepter d'ouvrir le bal pour ce podcast.

Camille : Je suis très flattée, merci à vous.

Timothée : Camille, tu es la fondatrice de la société Comme On Travaille, tu es consultante en aménagement de bureaux innovants. Est-ce que tu peux commencer par nous raconter un peu ton parcours, tes études, tes expériences professionnelles jusqu'à la création de Comme On Travaille ? Parce qu'aujourd'hui, je crois que vous êtes trois et on enregistre actuellement le podcast dans vos propres bureaux.

Camille : C'est √ßa, deux changements qui sont tr√®s r√©cents, de nouvelles belles √©tapes qui viennent de s'√©crire pour Comme On Travaille. Alors moi, je suis Camille Rabineau, je suis urbaniste de formation. J'ai fait Sciences Po comme √©tudes et je me suis sp√©cialis√©e assez vite en urbanisme. J'ai eu un coup de cŇďur √† l'√©poque, une vraie vocation pour cette mati√®re qui m√©lange √† la fois des aspects cr√©atifs, sensibles, √† travers l'architecture, la cr√©ation d'espaces publics, d'espaces urbains, mais aussi avec un vrai impact √©conomique. Alors on en oublie un peu en ce moment o√Ļ les villes ont moins bonne presse depuis le Covid, mais c'est vrai qu'il y a eu toute une p√©riode, un √Ęge d'or des m√©tropoles o√Ļ c'est l√† que s'inventait la valeur, la vie √©conomique, l'innovation. Et puis aussi un vrai aspect social qui √©tait peut-√™tre ce qui me plaisait le plus, c'est-√†-dire de comprendre les modes de vie, les habitudes, les aspirations des habitants des villes. Et c'est exactement tout √ßa que j'ai retrouv√© ensuite dans le sujet des espaces de travail. Et donc voil√†, d'un d√©but de carri√®re en agence d'architecture o√Ļ j'ai travaill√© sur des sujets plut√īt de logement, de r√©habilitation de quartiers de grands ensembles, de d√©placement aussi. J'ai atterri il y a six ans maintenant sur les sujets des nouveaux modes et des nouveaux espaces de travail qui occupent la soci√©t√© que j'ai fond√©e et qui aura bient√īt trois ans.

Timothée : Chez Comme on travaillel, vous êtes spécialisé dans la conception collaborative d'environnements de travail innovants, vous accompagnez des projets d'aménagement de bureaux. Est-ce que tu peux nous expliquer les différentes missions de ta société ?

Camille : Donc Comme on Travaille on intervient sur ces projets de réaménagement des espaces de travail avec un angle et un fil rouge qui lui est propre, qui est le sujet finalement de l'engagement, l'implication des différentes parties prenantes de l'entreprise, dirigeants, managers, équipes, les associer aux projets et également les accompagner dans ce qui parfois représente un vrai changement, un vrai bouleversement d'habitude. Donc les accompagner dans les nombreuses étapes de ce parcours-là, les aider à se projeter, les aider à se préparer, faire aussi de ce déménagement une opportunité justement pour remettre à plat des pratiques de travail, donner un peu un coup de pied dans la fourmilière à des habitudes parfois très ancrées et plus forcément très efficaces. Donc voilà, nous on travaille main dans la main avec ceux qui sont vraiment la cheville ouvrière de la conception qui sont, et je crois qu’Hybride, vous allez aller au-devant aussi de ces acteurs-là, donc les architectes, space planners et autres designers. Et nous voilà, on est plus vraiment au chevet si je puis dire, des salariés pour les écouter, pour les accompagner.

Timothée : J'aimerais évoquer avec toi le retour au bureau, puisque le retour au bureau se fait de manière progressive depuis la crise sanitaire. Dans quelle mesure les salariés ont envie de revenir au bureau selon toi et comment les entreprises s'organisent ?

Camille : Je pense que la premi√®re chose qu'on peut dire c'est que les salari√©s ont envie de revenir au bureau. C'est ce qui ressort de toutes les enqu√™tes qu'on voit sur le t√©l√©travail, puisque les personnes qui sont en recherche d'un mode de travail √† 100% reposant sur le t√©l√©travail sont minoritaires. On voit que la pr√©f√©rence des salari√©s, et celle des employeurs aussi, √ßa tombe plut√īt bien, c'est plut√īt ce fameux sch√©ma hybride mixte avec, deux √† trois jours, selon parfois deux jours en t√©l√©travail, trois jours au bureau ou l'inverse. Donc voil√†, il y a quand m√™me une certaine envie de retrouver ce lieu collectif, simplement de ne pas le retrouver tous les jours dans ce sch√©ma un peu routinier qu'on connaissait avant, voil√†, m√©tro, boulot, dodo, c'est √ßa en fait avec lequel on a envie de rompre. Donc je pense que c'est important de le dire et on le voit tr√®s bien dans les √©tudes. Je pense √† Paris Workplace qui sort tous les ans des chiffres int√©ressants et ils montrent que notamment chez les jeunes, il y a une envie de bureau qui a bondi en un an, plus 26% de m√©moire de jeunes qui voient le bureau comme un vrai lieu de vie dans lequel ils aiment passer du temps. Donc je pense que c'est important de ne pas avoir une vision trop caricaturale des choses. Oui, les employeurs ont un enjeu de comment faire revenir leurs salari√©s au bureau, mais aussi les salari√©s, dans une certaine mesure, aspirent √† retrouver le bureau. Et si je peux faire l'√©cho de mon exp√©rience personnelle, puisque tu disais tout √† l'heure que moi-m√™me, j'ai r√©cemment accueilli des salari√©s et inaugur√© mes bureaux, eh bien tu vois, moi j'ai recrut√© deux jeunes salari√©s tr√®s talentueuses et quand je leur demandais ce qu'elles souhaitaient, et bien elles souhaitaient toutes les deux pouvoir b√©n√©ficier d'un bureau, un bureau qui serait, voil√†, notre lieu √† nous, notre lieu qui incarne notre philosophie, notre marque, notre mission, un lieu √† nous, un cocon pour se retrouver. Et donc voil√†, je trouve que c'est une bonne illustration qu‚Äôen fait les salari√©s aussi ont envie de retrouver un bureau. Par contre, la question c'est quel bureau on va pouvoir leur offrir. Et c'est l√† √©videmment que quitte √† revenir, on veut avoir une exp√©rience qui soit de qualit√©, on veut tirer le meilleur de ces jours o√Ļ on passe notre temps au bureau, le meilleur des interactions qu'on va avoir avec nos coll√®gues et √©galement nos responsables. Et donc c'est l√†, voil√†, que se pose toute la question de comment faire monter en gamme ce bureau et qu'il soit vraiment un √©crin finalement √† cette vie sociale et √† cette collaboration qui fait la richesse des moments o√Ļ on se retrouve en pr√©sentiel.

Timothée : On a bien compris que les salariés ont envie de revenir au bureau et justement chez Comme On Travaille, dans ta méthodologie, comment tu prends en compte leurs préoccupations et leurs envies ?

Camille : Je pense que la premi√®re chose dont il faut prendre conscience quand on ouvre comme √ßa ce type de d√©marche, de r√©flexion d'une fa√ßon un peu plus large aux salari√©s, c'est qu'il faut √™tre pr√™t √† le faire vraiment. C'est-√†-dire, √ßa para√ģt b√™te, mais que ce soit quelque chose d'authentique et de, comment dire, de r√©el. Parce que c'est vrai que je pense qu'il y a une conscience dans l'entreprise qu'aujourd'hui, il faut de plus en plus impliquer les salari√©s sur un certain type de sujet. Maintenant, la question c'est, est-ce que c'est quelque chose de fa√ßade ou est-ce que c'est quelque chose de profond ? Et je pense qu'il faut se rendre compte que quand on ouvre la parole, les salari√©s s'en saisissent, que quand on ouvre la parole, ce qui sort, √ßa peut √™tre sur tout un tas de sujets aussi, √ßa peut √™tre le reflet d'autres dynamiques, d'autres transformations qui se jouent dans l'entreprise, d'autres indicateurs de climat social plus ou moins sereins. Voil√†, √ßa c'est la premi√®re chose. Et puis la deuxi√®me, c'est, moi si j'avais, voil√†, qu'un √©l√©ment √† donner, qu'un conseil √† donner, c'est de faire les choses dans l'ordre, vraiment de mani√®re ordonn√©e. Et √ßa commence par savoir o√Ļ on va, qu'est-ce qu'on veut avec ce nouveau am√©nagement de bureau, quels sont les grands principes cl√©s, les valeurs phares qu'on veut se donner, et √ßa c'est quelque chose qui doit se partager et √™tre align√© au niveau des dirigeants du plus haut niveau de l'entreprise. Pour qu'ensuite, voil√†, le pacte entre guillemets de d√©l√©gation ou de co-cr√©ation soit clair, on ouvre la parole et on co-cr√©e avec les salari√©s, mais dans un cadre pr√©cis donn√©, parce que sinon, bien √©videmment, le risque num√©ro un, c'est le retour de b√Ęton, le r√©tro-p√©dalage, et c'est √©videmment ce qu'il y a de pire quand on ouvre ce genre de d√©marche, voil√†, un peu plus participative. Donc je dirais vraiment, en tout cas moi c'est comme √ßa que je travaille toujours, c'est d'abord d√©finir le cadre, les r√®gles du jeu, qu'est-ce qui n'est pas n√©gociable, qu'est-ce qui n'est pas sur la table avec ce projet. Parce qu'il peut y avoir des consid√©rations √©conomiques, des choix qui ont d√©j√† √©t√© arbitr√©s, c'est important aussi de tenir un langage de v√©rit√© aupr√®s des salari√©s, de dire, tel ou tel point, c'est act√©, ce ne sera pas discutable, et puis tout le reste, maintenant, c'est une page blanche et c'est √† construire.

Timothée : Et ça marche comment ? Tu fais des entretiens avec un panel de salariés ?

Camille : Ouais, il y a plusieurs approches. Alors en effet, l'approche un peu courante, c'est une équipe projet, un responsable d'environnement de travail, parfois secondé par quelqu'un en RH qui prend son petit carnet, va faire un tour des popotes, va relever un peu les besoins des uns et des autres. Moi c'est pas forcément ce que je préconise et c'est surtout pas comme ça que je travaille. Moi je vais, enfin, moi et les partenaires aussi, parce que je travaille avec beaucoup d'architectes aussi, qui ont vraiment besoin d'être associés à ce moment-là, parce que derrière c'est eux qui vont tenir le crayon pour les plans. On organise des ateliers très ouverts sur la base du volontariat aux salariés pour qu'ils viennent, voilà, s'interroger sur quelles sont nos différentes situations de travail, quels sont nos besoins, voilà, les plus variés, aujourd'hui, demain, en fonction de la façon dont évoluent les modes de travail, voilà, pour co-créer avec eux une programmation, une palette d'aménagements, d'espaces qu'ils vont vouloir retrouver demain.

Timothée : Pour le retour au bureau, comment les projets d'aménagement de bureaux ont évolué depuis un an, un an et demi, et quel a été l'impact du Covid sur l'organisation de ces bureaux, en matière de superficie, d'agencement, d'usage ?

Camille : Je pense que l'impact du Covid est encore en train de s'√©crire et on peut pas tirer de conclusions trop h√Ętives, on voit √† √† l‚Äôheure o√Ļ on se parle, que certains pays remettent en place des mesures restrictives donc, voil√†, l'histoire n'est pas encore finie l√†-dessus. Maintenant, je pense que sur ce sujet des modes de travail et du bureau comme pour tant d'autres, ce qu'on peut dire, c'est que le Covid a eu un effet d'acc√©l√©rateur, c'est-√†-dire que toutes les tendances dont on voit les entreprises s'emparer massivement aujourd'hui, c'est-√†-dire aller vers un bureau, justement, qui offre une plus grande vari√©t√© d'espaces pour offrir un traitement plus qualitatif, notamment de moments de convivialit√©, des moments informels, des choses qui peut-√™tre avant n'√©taient pas regard√©es avec beaucoup de valeur du point de vue des directions. C'est des choses, en fait, qui √©taient d√©j√† existantes, des choses qui impr√©gnaient les projets de r√©am√©nagement r√©cents depuis d√©j√† une bonne dizaine, quinzaine d'ann√©es. Pareil pour la flexibilit√©, c'est-√†-dire avoir des am√©nagements qui mutualisent les positions de travail entre les salari√©s en jouant sur le fait que les uns, les autres ne sont pas l√† tous au m√™me moment. C'√©tait aussi quelque chose qui se d√©veloppait et, bien √©videmment, le Covid a rendu, en fait, ces principes-l√† encore plus pertinents et a donn√© un coup d'acc√©l√©rateur √† tout √ßa. Donc, je pense que c'est la confirmation de certaines tendances, certains principes d'am√©nagement qui, d√©j√†, pr√©existaient. Maintenant, pour moi, la grande question un peu inconnue, c'est jusqu'o√Ļ va aller un peu l'optimisation des surfaces, jusqu'o√Ļ ces nouveaux modes de travail hybrides vont permettre aux directions immobili√®res de r√©duire leur surface, puisque c'est un peu la question que tout le monde se pose. On savait d√©j√† qu'avant le Covid, une place de bureau n'√©tait occup√©e qu'√† 50-60% du temps dans le cas des m√©tiers les plus s√©dentaires. Vous √™tes en RTT, vous √™tes en d√©placement, vous √™tes en cong√©, en arr√™t de maladie, que sais-je, tout un tas de raisons pour lesquelles vous n'√™tes pas 100% du temps √† votre poste de travail. L√†, √ßa va √™tre encore plus maintenant avec le t√©l√©travail. Et donc, jusqu'o√Ļ va-t-on pouvoir un peu tailler √† la serpe les m√®tres carr√©s, alors m√™me que, comme je le disais, les entreprises prennent conscience qu'il faut offrir plus d'espace, justement, pour interagir, pour se rencontrer, pour √©changer de mani√®re informelle, pour passer des bons moments, des moments de qualit√© ensemble. Donc √ßa, √ßa n√©cessite aussi des m√®tres carr√©s. Donc voil√†, c'est un petit peu l√†, je pense qu'on a un peu un jeu de vase communicant de m√®tres carr√©s individuels qui vont √™tre revers√©s au pot commun des usages collectifs. Le bilan comptable de tout √ßa demandera un petit peu de recul, m√™me si on voit que le fait justement de venir plus que 2-3 jours par semaine va inciter les entreprises √† se recentrer sur des localisations plus premiums, tr√®s bien desservies, dans des quartiers tr√®s vivants et en centre des m√©tropoles comme l√† o√Ļ on est aujourd'hui. Alors qu'il y avait eu depuis peut-√™tre 10 ans, un mouvement vers des couronnes p√©riph√©riques aux m√©tropoles. Ca peut peut-√™tre faire partie des cons√©quences de cette crise.

Timothée : Il y a une récente étude d'UBIQ sur le boom des coworking. Je ne sais pas si tu l'as vue, elle est sortie la semaine dernière. Les coworking ont progressé de 60% en France sur deux ans. Qu'est-ce que ça t'évoque cette tendance ?

Camille : Alors j'avoue que je n'ai pas vu cette √©tude et elle n√©cessiterait que je m'y penche de plus pr√®s pour savoir ce qu'on met dedans. Parce qu'en fait, aujourd'hui, le coworking, √ßa recouvre beaucoup de choses. √áa recouvre, en tout cas si on se place du point de vue des grands op√©rateurs de coworking, un WeWork, un Woojo pour ne citer qu'eux, √ßa recouvre en fait une nouvelle forme d'exploiter l'immobilier qui est de dire je vais vous proposer du bureau comme un service. Admettons on est comme on travaille, on est 20-30, vous √™tes Bluedigo, vous √™tes 20-30, vous allez pouvoir louer 20-30 postes chez un op√©rateur tiers qui va prendre tout en charge pour vous : le caf√©, la propret√©, la s√©curit√©, toutes les factures, vous, vous n'avez rien √† g√©rer. Vous √™tes cl√© en main dans vos bureaux. Mais √ßa, on ne peut pas dire que c'est du coworking tel qu'on l'a un peu dans l'imaginaire collectif, c'est-√†-dire ce grand espace communautaire partag√©, ancr√© dans la proximit√© et qui √©tait d'abord le lieu de travail des ind√©pendants, de tr√®s petites structures qui n'avaient pas forc√©ment les moyens de prendre un bail pour elles-m√™mes. Oui, clairement, ce nouveau visage de l'immobilier, flexible, as a service, g√©r√© par des op√©rateurs tiers qui effacent toutes les frictions que pouvait rencontrer une entreprise dans la gestion de son propre lieu, o√Ļ avant elle avait, je ne sais pas moi, une vingtaine de fournisseurs, entre celui qui vient arroser les plantes, celui qui am√®ne le caf√©, celui qui fait le nettoyage, celui qui, je ne sais pas moi, nettoie vos vitres parce que c'est compliqu√© les vitres. Voil√†, il y a une complexit√© inh√©rente au fait d'avoir ces bureaux et l√†, on a des op√©rateurs qui g√®rent tout √ßa pour vous. Et √ßa, oui, je pense que c'est vraiment un des mod√®les gagnants qui sortent de la crise. Maintenant, sur le coworking plus, on va dire, communautaire, ouvert √† tous, pour des usages plus intermittents, nomades, je suis un petit peu plus dubitatif. D'abord parce que c'est des structures qu'on peut √™tre fragilis√©es par la crise. Il ne faut pas oublier qu'on sort quand m√™me de deux ans, presque deux ans, o√Ļ il y a eu des confinements, des moments de fermeture o√Ļ ces espaces n'ont pas pu fonctionner, n'ont pas pu avoir du revenu comme ils auraient d√Ľ. Et puis aussi parce que voil√†, c'est un mod√®le √©conomique, ce mod√®le-l√†, c'est-√†-dire qu'il repose sur des populations nomades, intermittentes, voire t√©l√©travailleurs qui ne t√©l√©travaillent pas que chez eux, mais aussi au coworking, sont des mod√®les √©conomiques plus fragiles.

Timothée : D'ailleurs, ce qui ressort de cette étude, c'est qu'il y a une demande plus importante pour des bureaux privatifs et moins pour les open space, avec des freelancers, des nomades.

Camille : Exactement. Les bureaux privatifs, c'est ce que je dis, c'est le bureau as a service. Mais pour moi, est-ce qu'on peut appeler √ßa du coworking ? Je ne sais pas. Allez dans un Wojo, dans un WeWork, voir les bureaux d'une start-up de 40 personnes, elle privatise un √©tage ou elle privatise un bout d'√©tage, elle a en fait son univers √† elle. Oui, je ne dis pas que des synergies ne peuvent pas na√ģtre dans certains espaces partag√©s, etc. Enfin, √ßa ressemble surtout quand m√™me √† du bureau exploit√© par un tiers lieu avec un esprit de communaut√© tr√®s fort, un projet de lieu en soi, ouvert √† tous, tel qu'√©tait en tout cas le coworking du manifeste de ses origines.

Timothée : J'aimerais revenir sur l'hybridation des espaces de travail, sur ce modèle mixte présence au bureau et télétravail. En moyenne, les salariés télétravaillent deux jours par semaine. Qu'en penses-tu ? Est-ce que c'est l'avenir des espaces de travail, selon toi ?

Camille : Ce qu'on sait aujourd'hui, et √† nouveau, je crois que ce qui est passionnant dans la p√©riode qu'on est en train de vivre, c'est que l'histoire s'√©crit sous nos pas, sous nos yeux, donc il faut √™tre prudent dans les conclusions trop h√Ętives. Mais en tout cas, les √©tudes montrent que c'est la solution pl√©biscit√©e, c'est-√†-dire que plus personne dans les salari√©s, en tout cas, ils sont minoritaires √† vouloir revenir compl√®tement √† un sch√©ma de cinq jours sur cinq au bureau. Et les employeurs, je pense, dans la tr√®s tr√®s grande majorit√©, l'ont compris et donc sont ouverts √† proposer beaucoup plus largement qu'avant √† leurs salari√©s une certaine dose de t√©l√©travail. Donc en tout cas, sur le c√īt√© mod√®le qui marche sur ses deux jambes, je pense que oui, on est vraiment en train d'aller vers cela. Maintenant, la question pour moi o√Ļ il y a plus de flou, c'est comment √ßa va se d√©cliner concr√®tement dans l'organisation de travail d'entreprise. Parce qu'on voit beaucoup la tentation un peu premi√®re dans les √©quipes et les entreprises, c'est de d√©finir des jours o√Ļ tout le monde vient, des jours o√Ļ tout le monde est l√† et √† l'inverse d'autres jours o√Ļ on va plut√īt √™tre en t√©l√©travail. Et √ßa pour moi, c'est pas forc√©ment une bonne id√©e √† plusieurs titres. D'abord parce que c'est pas quelque chose de flexible justement dans le mod√®le, c'est quelque chose qui r√©introduit la rigidit√©. Et puis la deuxi√®me chose, c'est que d'un point de vue social, enfin sur plein d'aspects, √ßa ne fait pas b√©n√©ficier √† la soci√©t√© des avantages du t√©l√©travail. C'est-√†-dire que vous allez avoir des jours, on voit tr√®s bien pour qui prend les transports en ce moment, des jours avec des pics, des pics de congestion routri√®re, des pics de congestion des transports en commun parce qu'en fait tout le monde va aller au bureau les m√™mes jours et d'autres, les gens seront plut√īt chez eux. Et du point de vue de l'occupation des bureaux, c'est pareil, on va √™tre beaucoup plus sur un espace de travail qui sera certaines journ√©es en tension parce que tout le monde sera l√†, d'autres vides avec cet effet un peu lugubre qu'auront les salari√©s qui mettront les pieds dans ce bureau vide ce jour-l√†. Donc voil√†, c'est vrai que moi j'aurais tendance √† dire que l'avenir et ce que j'essaye de sensibiliser, ce sur quoi j'essaie de sensibiliser mes clients et d'accompagner, c'est un mod√®le o√Ļ finalement la question de qui est l√† et qui est √† distance devient transparent, devient compl√®tement indolore, inodore pour l'entreprise. C'est-√†-dire que quel que soit le statut des uns et des autres, on peut travailler, on peut se r√©unir, on peut collaborer avec des gens peut-√™tre √† distance, des gens qui sont l√†. On peut aussi dans une certaine mesure avoir certains √©changes formels et du coup la question c'est quand on a ce mode de fonctionnement l√†, on peut vraiment tirer le meilleur des jours o√Ļ on vient, c'est-√†-dire les interactions vraiment sociales, spontan√©es, celles qui sont plus dures √† avoir √† distance et √† l'inverse tirer le meilleur des journ√©es pass√©es √† la maison, c'est-√†-dire une bulle, se reconnecter √† sa vie de proximit√© familiale et plus de concentration. Mais pour √ßa, c'est vraiment de faire un effort sur moins de r√©unions, plus de travail asynchrone, se demander qu'est-ce qui vaut vraiment la peine de se r√©unir tous en m√™me temps, de synchroniser tout le monde. Moi je crois beaucoup √† √ßa, je pense que pour que ce mode hybride fonctionne, le sujet de qui est l√† et qui est √† distance ne doit plus √™tre un sujet.

Timothée : Au-delà du télétravail et de ce besoin de plus de flexibilité, qu'est-ce que tu vois comme autre mutation importante pour le futur du travail dans les prochaines années ?

Camille : Le plus fondamental je pense, c'est vraiment la question de l'apprentissage tout au long de la vie, de l'évolution des compétences et des métiers. Et je crois que c'est vraiment ça qui est massif aujourd'hui, c'est-à-dire qu'on est dans une telle accélération de la vie économique, des technologies, que finalement les métiers se réinventent en permanence. Ça tombe bien, les individus aspirent moins à des parcours très linéaires comme avant, mais vont beaucoup plus être perméables à des changements de voies, des réorientations, etc. Donc cette question d'avoir des individus qui soient souples, qui soient capables de toujours se réinventer, développer de nouvelles compétences, déconstruire ce qu'ils ont appris pour reconstruire d'autres compétences, je pense que c'est vraiment le sujet numéro un en termes de futur du travail et c'est un sujet qui est fascinant. Et puis peut-être si on revient à un niveau plus entreprise, la question aussi de l'intégration des indépendants, puisque finalement on voit aussi la montée du travail indépendant, une des grandes lignes fortes de l'évolution du travail. Et ce que je trouve intéressant avec la période qu'on vient de voir, c'est que finalement ce basculement dans l'air hybride, il abaisse les barrières aussi à l'entrée pour ces indépendants-là, c'est-à-dire que finalement la frontière entre les insiders, les outsiders, elle est plus mince aujourd'hui, avec un collectif de travail qui se voit moins. Donc ça fait plus de place aussi aux indépendants pour mener des missions d'entreprise, avec évidemment des bénéfices et des risques qu'il faut limiter, notamment sur les sujets de protection sociale. Je ne veux pas m'égarer.

Timothée : Merci beaucoup Camille, en tout cas, on est super content de t’avoir eue en invitée pour ce podcast.

Camille : Plaisir partag√©, longue vie √† Hybride ! J'ai h√Ęte de conna√ģtre aussi la suite, la suite de vos invit√©s et leur vari√©t√©.

Timoth√©e : C'est la fin de ce premier √©pisode d'Hybride, on esp√®re que √ßa vous a plu. On vous retrouve tr√®s vite avec un nouvel √©pisode sur l'avenir des espaces de travail. Si vous avez aim√© ce podcast, n'h√©sitez pas √† nous mettre des √©toiles sur Apple Podcast. A tr√®s bient√īt sur Hybride !

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